#3 Attends, mais pourquoi ?

Lundi 5 Mars 2018

Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots - Martin Luther King

Il y a tellement de vies à vivre, tellement de choses que j’aurais aimé faire. Des choses très égo-centrées et d’autres plus altruistes, comme être capable de refaire une maison de A à Z à partir de 4 vieux murs, monter une ONG pour l’éducation, aménager un van pour faire le tour du monde, contribuer politiquement au bien-être des gens, fonder une famille, organiser des événements pour soigner les enfants malades du cœur, vivre à l’aise matériellement, amener 25000 jouets aux enfants syriens, comprendre le fonctionnement de l’économie pour lancer des affaires, générer des idées concrètes pour assurer la transition vers un système viable, vivable et équitable…

Je connais des gens autour de moi qui ont fait une ou plusieurs des choses décrites dans cette liste, parfois en y dédiant la quasi intégralité de leur temps ; ça prend des vies entières et pourtant cette liste n’est pas exhaustive, et pour certains elle contient même des options incompatibles…

Dans mon parcours jusqu’ici, je me suis retrouvé face à des personnes tellement convaincantes dans leur stratégie de vie personnelle que je me suis régulièrement fondu dans leurs univers, et investi dans des causes qui me semblaient justes au moment où je m’engageais. Et puis voilà, le monde est tellement vaste que j’entrais en résonance avec d’autres envies, d’autres buts, ce qui était horriblement déstabilisant : comment vibrer pour autant de causes sans avoir le temps de m’investir dans toutes… Énorme sentiment d’injustice, d’ailes coupées, d’absurdité.

Il m’arrivait aussi de dépenser de l’énergie que je n’avais pas, donc à mon détriment et au détriment des personnes qui m’entouraient, sans trouver l’équilibre entre ma vie personnelle et mon implication inévitable dans le monde. Le casse-tête existentiel fondamental ; l’expérience des limites matérielles et temporelles ; une vie et 24h par jour, à répartir entre donner et recevoir.

Et puis, il y a neuf ans, l’impro débarque dans ma vie.

Dans l’infinité des causes valables à défendre, j’ai trouvé la mienne. L’impro a résolu l’énigme qui consistait à mettre en cohérence mes valeurs et à respecter l’équilibre subtil entre mes besoins et mes aspirations.

Un corps humain fonctionne idéalement avec tous ses organes. Je voulais être à la fois le cerveau, les poumons, le cœur, les reins, les intestins (j’ai enseigné la gestion des déchets à l’université)… A vouloir tout faire, je bâclais tout. Grâce à l’impro, j’ai compris comment prendre soin de mes organes à moi, tout en jouant mon rôle dans l’histoire du monde qui me dépasse.

L’impro, c’est un outil hyper puissant qui me permet de vivre et de transmettre des expériences d’écoute touchantes, d’acceptation salvatrices et de constructions joyeuses.

Il y a des milliards de raisons de faire de l’impro, tant ses vertus sont applicables dans une foule de domaines. Et s’il existe une multitude d’autres moyens d’obtenir les mêmes résultats, l’impro reste une façon incroyablement ludique et redoutablement efficace de récupérer ses pouvoirs : pouvoir de penser, pouvoir d’agir, pouvoir de parler. J’ai vu des personnes pratiquer l’impro pour des raisons très différentes : faire du lien social une fois par semaine, vaincre sa timidité, exprimer son trop-plein d’énergie, prouver quelque chose, apprendre à écouter, travailler spécifiquement un talent déjà identifié… Et toutes ont reçues au-delà de leurs attentes, en jouant ensemble.

En ouvrant le futur immédiat à des possibilités qu’on n’anticipe pas, l’impro fait vivre des expériences uniques, originales, poignantes, intenses, le tout dans un cadre confortable et bienveillant, un cadre dans lequel on reprend la dimension de l’être humain dans son rapport à lui-même et aux autres. Dans ma pratique, l’impro rend les gens meilleurs : plus à l’écoute d’eux-mêmes et des autres, plus tolérants et confiants en eux-mêmes et envers les autres. On y intègre progressivement les dimensions qui nous dépassent.

C’est ma contribution : j’improvise sur scène, et je transmets l’impro avec cette vision en atelier.

Oui, il y a d’autres causes à défendre, et je suis ravi de donner un coup de main avec les ressources qu’il me reste... après avoir fait ma part.

A suivre !

#4 Avoir raison... ou vivre

#2 L'appel de l'aventure