#6 L'avis des autres

S'il n'y pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème - Devise Shadock

Je ne me suis pas fait que des amis en impro, il y a aussi eu quelques accrochages. Oui, c’est très énervant, parce qu’au début je me suis dit que l’improvisation théâtrale était le lieu de la réconciliation du monde. L’écoute et l’acceptation n’en sont-elles pas les constituants fondamentaux ?

Il y a un jeu que j’adore, un jeu qui sert souvent d’échauffement mais dont la portée est vraiment plus puissante qu’en apparence : la résolution d’énigme. Un joueur pense à un mot (idéalement à un objet pour commencer), s’assure qu’un deuxième joueur en a un également, sans qu’ils se soient concertés sur les mots (façon cadavre exquis). Chacun donne alors son mot, et une troisième personne « résout » l’énigme, en donnant un mot qui fait le lien entre les deux précédents. Ça donne par exemple : 1-soleil 2-chemise … chemisette / 1-patate 2-foin … champs / 1-thé 2- chaussette … jus / 1-pédale 2-catapulte … poubelle.

Ce jeu est fabuleux, car il y a toujours au moins une façon de relier les mots (en vérité, il y en a une infinité). Il y a des connexions plus rapides que d’autres, mais comme ce n’est ni une question de vitesse, ni d’évidence, on s’en fout. On prend son temps, on respire, on se fait les représentations qu’on veut, mais je vous garantis qu’il y a toujours un lien possible.

C’est fou, non ? Il y a toujours au moins une solution, quels que soient les maux initiaux ! Ça y est, le monde est sauvé !!!

Sauf que dans la « vraie vie » ça ne se passe pas aussi facilement ... Parce que l’être humain est légèrement plus compliqué que ça. A commencer par ma trogne.

Comme beaucoup d’improvisateurs, je suis arrivé en atelier avec mes idéaux et mes blessures, conscientes et inconscientes. Le cadre bienveillant a réveillé mes rêves de symbiose les plus enthousiastes. Mais à vouloir aller vite avec tout le monde, je n’ai pas toujours tenu compte de l’historique, de ce qui fait que le monde et les gens en sont là où ils en sont. A vite vouloir que tout se passe au mieux, armé de cette intention qui me semblait tout justifier, j’ai souvent été en décalage avec mon environnement. Entre les gens que j’ai voulu sauver, ceux dont je me suis cru victime et ceux que j’ai blessés, volontairement et involontairement, j’ai un peu déchanté... Avant de retrouver du sens à tout ça.

Je me suis rendu compte que la résolution d’énigme était d’abord un état d’esprit, et qu’elle nécessitait de prendre en compte des paramètres que j’ignorais (parfois), ou que j’avais envie d’ignorer (souvent). Je peux toujours trouver une entente, même si elle n’est pas évidente ou que ça ne se fait pas vite. Prendre ces deux critères de vitesse et d’évidence comme uniques indicateurs de la possibilité d’existence d’une solution m’avait engourdi l’altruisme véritable. Selon les contextes je pouvais déployer une quantité d’énergie folle à vouloir que ça marche, quand dans d’autres contextes je prenais le premier motif de désaccord comme porte de sortie. Un choix comme un autre, mais un choix finalement. En mon pouvoir, avec la responsabilité qui va avec.

« Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » (et « ailleurs » aussi, on me l’a fait remarquer). Ralentir et tenir compte de l’Histoire, nouvelle leçon pratique engrammée grâce à l’impro. C’est vraiment puissant, l’impro.

A suivre !

#7 Détends-toi, ça va bien se passer

#5 Le nouveau monde