#7 Détends-toi, ça va bien se passer

Si le seul outil que vous avez est un marteau, vous tendez à voir tout problème comme un clou – Abraham Maslow

Pour tout un tas de raisons, j’ai passé mon enfance, mon adolescence et la première partie de ma vie d’adulte à être ou vouloir être un « bon élève ». J’ai passé des heures au carré à vouloir bien faire, à essayer de comprendre le fonctionnement du monde et ses règles, pour pouvoir dérouler « logiquement » ma vie. Résultat : agacements et crispations autour de moi, échecs incompréhensibles et immense frustration intérieure. Je connais des gens (moi-même y compris) qui m’auraient littéralement et viscéralement baffé à me voir m’appliquer à respecter des principes aussi théoriquement parfaits qu’effectivement inefficaces.

C’est comme ça que j’ai fait une année de théâtre classique ; 45 minutes avant d’entrer sur scène le jour de la représentation de fin d’année, mon prof et metteur en scène m’a dit : « toi, fais ce que tu sais faire. De toute façon, on aurait pu ne pas se rencontrer, ça aurait été la même chose ». C’était pour moi d’autant plus violent que j’avais juste voulu bien faire...

Le plus dingue, c’est que lui comme moi, on avait tenté de communiquer tout au long de l’année, sans succès. On enrageait certainement autant l’un que l’autre de cet indéchiffrable dialogue de sourds. Il me parlait de « lâcher-prise ».

Voilà, le mot est lancé. Comme ça, nu, et tout aussi insaisissable que la quadrature du cercle. Lâcher quoi ? Laisser aller quoi ? S’il y a des règles et une consigne, alors on fait ça, il n’y a rien à lâcher ! Faire sans vouloir faire… Gniiiiii !!!! Donnez moi une batte de base-ball, j’ai envie de taper sur des trucs...

Oxymore ultime, énigme insoluble, ce concept a failli me rendre taré. Jusqu’au Jour du Grand Soulagement, où on m’en a donné une définition éclairante et surtout pratique.

Cette définition nécessite de distinguer un but, qui n’est pas 100 % sous mon contrôle, des actions qui vont concourir à atteindre ce but, qui sont 100 % sous mon contrôle.

En impro, on m’expliquait que le but était de raconter de belles histoires. Ça, c’est sûr, ça ne dépend pas que de moi, mais aussi de mes partenaires de jeu. Cela dit, pour s’entraîner, on joue à des jeux d’écoute, d’acceptation, de construction et de désamorçage de l’anticipation. Et là, je m’aperçois que ce sont des choses qui sont sous mon contrôle, pourvu que j’y veille : être plus attentif, accepter une proposition, l’enrichir dans sa continuité et ne pas me sentir frustré parce que ça ne va pas là où je voulais aller… c’est à moi de le travailler.

Donc, pour raconter une belle histoire, j’ai besoin d’écouter, d’accepter, etc. Lâcher-prise, c’est oublier temporairement le but (pas 100 % sous mon contrôle) pour me concentrer sur les actions préalablement identifiées comme nécessaires pour l’atteindre (100 % sous mon contrôle).

Voilà. Toi aussi tu peux reposer ta batte.

A suivre !

#6 L'avis des autres